Solal Israel

Monsieur H.

 

En 2013, trois amis découvrent une maison tombée à l’abandon.

 

 

Au départ nous avons retrouvé des archives photographiques qui à première vue sont celles d’un monsieur tout le monde.

Nous les avons triées, regardées, interrogées.

Petit à petit, de cette matière brute se sont dégagés des aspects intéressants, particuliers.

Petit à petit une image est apparue.

Au fil de nos recherches des rêves, des passions, des obsessions se sont dessinés, et monsieur tout le monde est devenu Monsieur H.

 

Cette histoire est double. Trois jeunes artistes qui se forment, progressent. Un amas d’images informe, au premier regard banal, qui progressivement se lisse, se peaufine et dévoile alors un monde plein de nostalgie et d’intimité.

Comment un processus de création peut-il s’élaborer à partir d’un matériel aussi fruste ?

Nous avons répondu, non par une dissertation mais par un acte, par une histoire, une aventure de vie.

 

De lui, nous savons peu.

Sa maison destinée à la vente nous est ouverte pour y réaliser des photos d’état lieux, commande du propriétaire. Ce lieu révèle une atmosphère particulière : affaires en vrac, magazines érotiques empilés le long des murs, pièces sans lumière, vêtements poussiéreux…

Nous passons un accord avec le propriétaire: nous pouvons prendre tout ce que nous voulons.

Nous étions menés par des forces invisibles. Trésor de pirates, liberté, pilleurs, aventuriers. Comme des gosses à gratter, fouiller, plonger à pleine main dans des livres jaunis, des sols dégueulasses… L’esprit enflammé par des questions sur l’identité de ce fantôme dont l’intimité nous était offerte. Qui était-il ? Tour à tour, détectives, voyeurs ou voleurs nous étions pris dans une transe de possession. Qu’allions-nous en faire ?

Le sentiment d’avoir en main quelque chose d’essentiel nous habitait tous les trois.

Enfin, la technique photographique trouvait matière où s’exprimer. La photographie, l’image, c’était le lien avec lui. Car des images il y en avait partout, magazines, photos de famille…

Dans sa vie comme dans la nôtre, la photographie a une place centrale.

LA PORTE ROUGE: Collectif composé de Nicolas Catalano, Corentin Guillonnet et Solal Israel

L’appropriation des traces de cet homme soulève d’autres questions, celle de l’identité par exemple.

 

La sienne, existant uniquement à travers ce qu’il reste matériellement après sa mort.

La nôtre, comment nous situons-nous par rapport à cet homme? Qui sommes-nous et comment affirmons-nous notre démarche?

 

Pour illustrer cet acte violent d'apropritation, nous nous sommes incrustés dans ses images, portant ses propres vêtements. 

Interférer avec la trace photographique. Détourner sa lisibilité originelle.

Marquer visuellement cette appropriation.

 

Développé avec Berta.me